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23 mars 2008

Heathen

Artiste : David Bowie

Date de sortie: 11 juin 2002

Label : Iso / Columbia

Durée : 51'36''

Puisque Raphaël, non content de recruter Gail Ann Dorsey a également recruté Tony Visconti pour son nouvel "album" (oui, vous avez bien lu, la nausée n'est pas dûe uniquement à l'abus de chocolat de Pâques), je m'en vais vous parler d'un album autrement plus excitant pondu comme un oeuf en chocolat par la poule aux oeufs d'or des années 70... j'ai nommé David Bowie.

Est-il encore possible de trouver excitant un album de Bowie passé 1981 et Scary Monters... and Super Creeps ? La réponse est oui. A condition de savoir chercher. A partir de 1983 et Let's Dance la carrière artistique de Bowie décroit rapidement au rythme hallucinant ou croit celui des disques d'or qui s'empilent un peu partout dans les demeures du Thin White Duke. Certes, la reprise de China Girl d'Iggy Pop n'est pas trop mal, certes Let's Dance, le titre phare de Bowie dans les année quatre-vingt n'est pas le plus mauvais de tout ce qu'il a pu produire (vous souvenez vous de l'atroce bande originale du film Labyrinthe ?), mais tout de même. Bowie lui même admettra dans une interview aux Inrockuptibles en 1993 qu'il n'avait pas été vraiment à la hauteur depuis une dizaine d'années. Au moins savait-il être lucide.

C'est ainsi que Bowie reprendra, à la surprise quasi générale, le chemin des studios pour refaire de la musique. Oublions Black Tie White Noise sauf peut-être pour le titre Jump They Say implicitement dédié à Terry, le frère schizophrène qui se défenestrera. Passons sur les délires arty (mais parfois très intéressant de Outside qui comptait déjà quatre ou cinq très bonnes chansons et avait le mérite de ne pas faire de concessions top-cinquantesques (à l'exception peut-être d'un Hallo Spaceboy remixé par les Pet Shop Boys.

C'est à cette époque que Bowie redevient intéressant en live avec notamment une version sous hallu de The Man Who Sold The World que seuls les heureux possesseurs du single Strangers When We Meet auront le plaisir d'entendre (Ce titre n'est toujours pas disponible y compris dans les rééditions double cd récentes d'Outside). Amusons-nous du côté industriel (heureusement bien meilleur que sur les albums de Tin Machine) et Reznorien d'Earthling, album pêchu avec un côté beaucoup plus fun tout de même que les gros sabots de NIN. Enfin, Hours, petit album douceatre, ne s'écoute pas sans déplaisir malgré le coté guimauve de certains titres (Seven au hasard).

Non, le tournant du retour de Bowie, c'est Heathen, (Païen en anglais). D'abord parce que Tony Visconti est de retour aux manettes (on n'avait plus vu ça depuis Aladin Sane, rendez-vous compte.

Ensuite, parce que les chansons sont là. Et que les plus anecdotiques (A Better Future, Everyone Says Hi') ne plombent pas le reste, ne serait-ce que parce qu'elles rappellent d'autres choses, The Cure, par exemple pour la première. En effet, les compositions de Bowie sont ce qu'il a fait de mieux depuis longtemps. Sunday qui ouvre le disque donne d'entrée un ton noir à l'album dont il ne se départira pas malgré quelques moment plus joyeux. Slip Away enregistré à quelques kilomètres de New York juste après le 11 septembre évoque quant à elle le traumatisme non seulement de tout un chacun, mais surtout des New Yorkais (dont Bowie fait partie) au lendemain des attentats. I Would Be Your Slave et ses arrangements de cordes est tout simplement somptueuse, libérant une énergie à la fois rock et électronique sur une rythmique rapide et des vocaux lents. Une prouesse dont on ne pensait plus Bowie capable.

Et puis cet album recèle trois reprises (Cactus des Pixies, I've Been Waiting For You de Neil Young, et I Took A Trip On A Gemini Spaceship des Legendary Stardust Cowboy) dont les deux premières ne sont pas piquées des hannetons. La reprise de Neil Young pouvant d'ailleurs prétendre au titre de deuxième meilleure chanson de l'album ce qui n'est pas rien.

Enfin, le disque se clôt sur la meilleure chanson. Heathen (The Rays) qui donne son titre à l'album. Et voici la conclusion d'un album de Bowie telle qu'on en avait pas vue depuis Hunky Dory et The Bewlay Brothers. Bowie y fait montre de son talent de parolier, qui, quoi qu'on en dise, n'a pas toujours été son point fort. Il conclura d'ailleurs une majorité des spectacles de ses futures tournées par ce titre, se laissant guider vers la coulisse comme un aveugle, une main posée sur l'épaule de Gail Ann Dorsey, sa bassiste, marchant au pas pour l'occasion.

Rappelons-nous que l'album sera défendu en tournée en ajoutant beaucoup de titres de Low et Ziggy Stardust en rappel. (Ah ce concert de l'Olympia...)

On déplorera que Reality, son opus suivant (et dernier à ce jour) soit un peu plus foutraque mais on se réjouira des deux concerts de Bercy (surtout du premier), moments quasi magiques.

Regardez Heathen (The Rays) à l'Olympia le 1er juillet 2002 :



15 octobre 2007

Reality

Artiste : David Bowie

Label : Iso

Date de sortie : 16 septembre 2003

Durée : 49'17''

Durée du deuxième disque de l'édition double : 10'13''

Produit par Tony Visconti (de retour aux manettes de Bowie depuis l'album Heathen), Reality est un album énergique et résolument rock.

Bowie, lors de son précédent effort avait déjà abordé les évenements du 11 septembre, Heathen (Païen en anglais) avait été enregistré en partie à cette époque et l'enregistrement s'en était trouvé en partie chamboulé. Il y revient ici dès le premier titre. New Killer Star, qui évoque la grande cicatrice blanche au dessus de Battery Park (le parc, situé au sud de Manhattan, à quelques centaines de mètres du site du World Trade Center avait été crée dans les années 70 à partir du remblais fourni par les travaux réalisés pour en creuser les fondations).

Le titre suivant est une reprise de Johnatan Richman, Pablo Picasso, déjà popularisée (si l'on peut dire) par John Cale qui la reprend régulièrement en concert (lors de ses deux dernières performances parisiennes, notamment). Mais c'est une version beaucoup plus rock que les versions de Cale que nous livre ici Bowie.

Puis vient Never Get Old, un titre où il n'y aura jamais assez de sexe, de drogue, et, il faut croire de Rock n' Roll. Un extrait de la chanson avait été utilisé lors d'une campagne publicitaire pour Vittel où Bowie se trouvait nez à nez avec les nombreux personnages ou Döpelgangers. On ne peut s'empêcher d'admirer le fait que Bowie à 56 ans rentre encore dans les costumes, mais il faut bien avouer que le tout est un peu ridicule.




The Loneliest Guy, tout comme plus loin Days (quasi insupportable avec son rythme à la péruvienne, fermez les yeux, vous verrez défiler les lamas), sont les deux chansons faiblardes du disque, vraiment en dessous du reste. A peine meilleure, la reprise de George Harrison ce qui est étrange. Pourquoi en effet choisir de reprendre une chanson médiocre d'un artiste qui en a livré tant de grandioses ?

Looking for Water (encore, après la pub Vittel), She'll Drive the Big Car et Fall Dog Bomb the Moon (avec un chien animé en peluche qui remuait la tête pendant les concerts !) bénéficient d'une production aérée, légère pour ainsi dire, de bons titres, simples, efficaces qui manquent, hélas, parfois de la petite étincelle qui les ferait décoller.

Le disque se conclut en beauté avec l'un des titres les plus rock des derniers albums de Bowie, Reality qui donne son nom à l'album. Guitares affutées, rythmique lourdes, chant méprisant, quasi punk, une réussite. Puis, les 7 minutes 45 de Bring Me the Disco King (un titre qui datait des sessions de Black Tie White Noise, en 93, et qui était resté dans les cartons !) calment le jeu et les esprits. C'est sans doute la meilleure chanson de l'album, par son côté soul qui n'est pas sans rappeler l'époque Young Americans, par ses paroles désabusées (Johnny Cash reprenant le Hurt de Trent Reznor avait fait tout aussi crépusculaire), par son fiel dans l'énonciation.

Regardez New Killer Star en live lors de l'émission Trafic de Guillaume Durand :



A noter, un disque bonus de 3 titres était présent dans l'édition limitée de lancement.

Fly, un titre rock saturé sympatique, Queen of all the Tarts dont Bowie se servait en intro de ses concerts pour habiller les images qui défilaient sur l'écran géant, et enfin une reprise assez nue (le riff y est réduit à un vague souvenir) de Rebel Rebel, également présent sur la bande originale du film Charlie's Angels 2.