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20 février 2008

Nous avons toujours habité le château

Ma première chronique littéraire pour le Fric Frac Club, traite de Shirley Jackson et de son chef d'oeuvre We Have Always Lived in the Castle, Nous avons toujours habité le château. Vous pouvez la lire ICI.

Désormais, toute chronique de livre "exigeant" ou tout du moins traitant d'une "œuvre" non éligible au chacalomètre y sera publiée.



F.F.C.

13 février 2008

The Road (La Route)

For Cormac McCarthy.

I carry The Road with me. Right here. In my breast pocket, as close as possible to my heart. The paperback fits right in. No spare space.

I carry The Road with me and I walk. I walk in this world. Our world. The world we know. A world where it's easy to get food and shelter.

I carry The Road with me. No son on my side. No daughter either. No cart. No tarp. No ash and no motorcycle rearview mirrors.

I carry The Road with me. In the aisles of the supermaket where cans of food are neatly waiting to be taken from the shelves, paid for, and brought home.

I carry The Road with me. In the afternoon light, outside, where the sun shines. In the cities where people come and go and don't pay attention to you.

I carry The Road with me. Everywhere I go. At work, on the train, in the streets and on the roads where you see cars, bikes, motorcycles, buses and trucks.

I carry The Road with me. In this world where danger takes many forms, where evil is everywhere in disguise, where cannibals are just slightly different (better dressed and fed maybe), but greed exactly the same.

I carry The Road with me. Because, sometimes, I envy the dead too.

I carry The Road with me. Right here. In my breast pocket, as close as possible to my heart. The paperback fits right in. No spare space. Like a talisman, for darker times to come. Like a Bible from a time where there will be no God, but where the last men will be his prophets.

I carry The Road with me and in me. You should too.




The Road (La Route) par Cormac McCarthy

Date de permière publication : 26 septembre 2006 (USA), 3 janvier 2008 (France)

26 janvier 2008

Eric Arthur Blair on the web...

Les écrits d'Eric Arthur Blair, plus connu sous son nom de plume George Orwell, sont en ligne. Oui oui, en ligne. Il fait désormais partie du vaste monde télécranique, mille-neuf-cent-quatre-vingt-quatriesque qu'il a lui même inventé. A ce propos, si vous passez le bac de philo cette année et si vous tombez sur une question du genre "La nature imite-t-elle l'art ?" Vous avez quelques pistes à creuser par-ci par-là grace à ce bon vieux George...

Big Google/Facebook/Myspace is watching you! (L'avantage c'est qu'ils ne sont pas encore moustachus).

L'autre chose amusante avec ce site qui reprend gratuitement en ligne la grosse majorité des écrits d'Orwell, c'est qu'il est... Russe et que vous y trouverez non seulement les oeuvres dans leurs versions originales, mais également traduites dans la langue de Put... Tosloï... mais aussi parfois en Byelorusse, Estonien et Serbe.


Le lien vers la librairie Orwell est ICI.

ВОИНА — ЭТО МИР
СВОБОДА — ЭТО РАБСТВО
НЕЗНАНИЕ — СИЛА

War is Peace

Freedom is Slavery
Ignorance is Strengh

La guerre c'est la paix
La liberté c'est l'esclavage
L'ignorance c'est la force

We are the Dead and 2+2=5


PS pour les amis pynchomaniaques qui se pressent sur ces pages une fois de temps en temps, l'introduction de l'édition Penguin de 1984 se trouve (à l'exception du premier paragraphe purement biographique) ICI.

22 décembre 2007

Basquiat, a Quick Killing in Art

Auteur : Phobe Hoban

Editeur : Penguin

Date de sortie : 1999, révisée septembre 2004

Il était SAMO (pour Same Old Shit),
Il était peintre,
Il écoutait Charlie Parker,
Il dessinait,
Il se droguait,
Il tombait les filles,
Il n'a pas vu ses 28 ans,
Il était beau,
Il était noir,
Il était de Brooklyn,
Il était l'enfant chéri, terrible, LA Star,
Il se dessinait des couronnes,
Il était le plus grand peintre de sa génération,
Il a croisé Andy, Julian et les autres,
Il a eu plus de marchands que presque n'importe qui,
Il portait des costumes Armani tachés de peinture,
Il ne payait pas ses impôts,
Il était insaissable,
Il était riche,
Il aimait Warhol,
Il voulait être célèbre,
Il était de ce monde,
Il était d'un autre monde,
Il était Jean-Michel Basquiat...

Il était né un 22 décembre, il aurait 47 ans aujourd'hui.

12 décembre 2007

Freakonomics

Auteurs : Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner

Editeur : Gallimard /Folio Actuel

Date de sortie : 23 août 2007

Et puis mince, la musique ça va un temps. Led Zeppelin, les Beatles, tout ça... Parlons plutôt de choses sérieuses... Je ne sais pas moi, parlons économie par exemple. Voilà qui devrait ravir les parents de nos plus jeunes lecteurs qui s'inquiètent de les voir s'échiner toute la journée sur leurs guitares.

L'économie donc. Un sujet sérieux. Un sujet qui fait bien sur un CV. Un sujet qui fait plaisir à papa maman. Sauf que... Sauf que Dubner et Levitt ne parlent pas d'économie comme tout le monde. Au contraire. L'un, Dubner, est journaliste au NY Times, l'autre, Levitt vient de recevoir un prestigieux prix couronnant le meilleur économiste américain de moins de 40 ans. Le courant passe le temps d'une interview et ils décident de travailler ensemble sur un livre, ce sera Freakonomics.

Si ce livre est, il faut bien l'avouer, écrit avec les pieds, il n'en demeure pas moins extrêmement réjouissant. L'un des postulats de base est que la morale décrit le monde tel qu'il devrait être et que l'économie le décrit tel qu'il est. Résultat, l'analyse de statistiques devient une traque passionnante permettant de comprendre entre autres pourquoi la légalisation de l'avortement aux Etats Unis fait baisser la criminalité, si votre agent immobilier a vraiment intérêt à vendre votre bien le plus cher possible, ou si le fait de s'appeler Loser fait nécessairement de vous un perdant.

Ca se dévore comme un roman de gare et même si vous ne savez pas compter au delà de vos doigts, il y a fort à parier que vous comprendrez tout.

Et en plus, ils ont un blog ICI.

13 novembre 2007

iPod therefore I am (A Personal Journey Through Music)

Auteur : Dylan Jones

Editeur : Weidenfeld & Nicolson

Année : 2005

Certaines personnes ont un nom prédestiné. Ou, plus sûrement, les lois de la statistique font qu'une fois de temps en temps, certaines personnes ont un nom curieusement en rapport avec leur activité.

Il en va ainsi d'un Docteur Desdoigts, pédicure de son état devant le cabinet duquel je passais tout les jours en rentrant du collège, et de Dylan Jones, dont le prénom est le nom de scène d'un certain Bob et le nom le nom d'origine d'un certain David B. En attendant, en fait de nom prédestiné, Dylan Jones aurait tout aussi bien pu s'appeler Dylan Pod. Car si vous cherchiez un accro du baladeur d'Apple qui pousse l'adoration jusqu'à la mauvaise foi, voire jusqu'à la bêtise assumée, vous l'avez trouvé.

Ce livre n'en est pas pour autant ennuyeux ou parfaitement idiot (je ne me compliquerais pas la vie à vous en parler), parce qu'il laisse heureusement tomber l'iPod (pretexte mercantile m'est avis) pour parler d'une chose vieille comme le monde : la musique. Parce qu'après 20 ou 30 pages passées à se prosterner devant la prouesse technologique qu'est l'iPod, c'était quand même bien le moins.

Certes, pouvoir faire rentrer la majorité de sa collection de disque sur un appareil qui a la taille d'un paquet de cigarette est l'une des avancées majeure pour qui aime se trimballer avec l'intégrale de Bob Dylan ou de Mireille Matthieu sur soi en toutes circonstances (devinez pour qui je penche). Mais ce qui compte, n'est pas le contenant, ou si peu. Soyons franc, j'adore mes iPods, j'aurais peut-être du mal à me passer d'eux, mais malgré leurs nombreuses qualités, ce ne sont, après tout, que de jolies machines. Ce qui compte, c'est la musique.

Et pour ce qui est de la musique, Dylan Jones connait son rayon. Elevé à Franck Sinatra, il grandira dans le punk, et pour finir se tournera même vers le jazz.

Avec une obsession de completiste, il tentera vainement de remplir son iPod avec toutes les chansons de sa vie, tous les meilleurs morceaux du monde. Gageure ? Certes. L'iPod de l'un n'est pas l'iPod de l'autre. Ceci étant dit, le sous titre de ce livre : A Personnal Journey Through Music, décrit parfaitement ce que l'auteur réaliste ici, la plupart du temps. Nous emmener dans un monde musical qui n'appartient "presque" qu'à lui.

Le meilleur moment du livre ? Celui ou il ré-écrit l'histoire en imaginant que les Beatles se sont séparés un an plus tard et ont donc eu le temps de réaliser un ultime album (accompagné d'un E.P.) appelé Everest. L'album imaginaire dont Jones nous donne la playlist en appendice, se compose de titres de l'album Let it Be (qui ne serait jamais sorti si Everest avait été réalisé), de chutes de studio abouties (disponibles sur The Beatles Anthology 3), d'extraits d'All Things Must Pass, le chef d'oeuvre gargantuesque de George Harrison de titres tardifs de McCartney et de Lennon. J'ai testé, et globalement approuvé.

Et puis je me suis amusé à taper cette requête dans Google : Beatles Everest. On dirait qu'un nouveau sport national est né. Certains sont des puristes et n'incluent dans leur mix que des titres enregistrés au plus tard en 1970. D'autres sont plus fous. A vous de juger et surtout à vous de jouer.

iPod Therefore I am est un livre divertissant, le genre de livre que tout possesseur d'iPod (ou wannahave) pourrait écrire à condition d'avoir de quoi remplir 40GB minimum avec sa collection personnelle. Et puis le pissing contest qu'il décrit (à qui aura le plus gros... iPod... bien entendu) est un grand moment d'autodérision. A lire par tous les Freaks et tous les Nerds dans mon genre...

Aux dernières nouvelles, ce livre n'a pas été traduit en français .

La BBC est une chaine publique, mais chez les anglais, on sait rigoler :





7 novembre 2007

Nick Drake, The Biography

Auteur : Humphries, Patrick

Editeur : Bloomsbury

Année : 1997

S'il y a un personnage mystérieux dans l'histoire de la folk musique anglaise, c'est bien Nick Drake. Oh, il n'est pas seul, pour sûr, mais tout de même.

Qui peut dire que nous en savons beaucoup sur lui ? Même Patrick Humphries, auteur de cette biographie savante (pour ne pas dire érudite) se trouve parfois face à un grand vide.

Pourtant, l'oncle de l'auteur, médecin, aida madame Drake à mettre Nick au monde.

Nul doute, donc, que certaines informations sont de premières mains. Et pourtant, le mystère reste entier. D'où viennent ses chansons, ce jeu de guitare étrange et ses accordages uniques ? Nul ne saurait le dire précisément.

Nick, c'est déjà une icone, une image romantique, ce type d'un mètre quatre-vingt onze qui se balade sur une plage en hiver avec un chien noir à ses côtés, en regardant ses pieds, enveloppé dans sa houppelande...

Un mythe. Presque impénétrable. Et pourtant, ce livre nous en apprend des choses, à la périphérie du mythe se trouve souvent le fait et peut-être une plus grande réalité.

Qui sait qu'il s'asseyait dans un coin du studio de Françoise Hardy pour l'écouter travailler ? Qu'il a voyagé en France ? Qui sait comment se déroulaient les séances en studio, la précision de son jeu de guitare et la maniaquerie qu'il apportait à chaque chose lorsqu'il travaillait à une chanson ?

Patrick Humphries le sait, et vous, bientôt, si vous lisez ce livre.

4 novembre 2007

Le Temps où Nous Chantions (The Time of Our Singing)

Auteur : Richard Powers

Editeur : Picador / Vintage / Le Cherche Midi (pour la France)

Année : 2003

L'édition française est souvent prompte à s'enticher des nouveaux écrivains américains. Force est de constater que nous sommes malgré tout fort chanceux de voir fleurir entre les mémoires de joueurs de foot décérébrés et les conseils minceur de je ne sais quelle Miss météo en mal de notoriété des noms aussi intéressants que ceux de Don de Lillo, Jonathan Franzen, Robert Stone, Rick Moody et autres Richard Ford... Qui, sans doute, à l'instar de Woody Allen, sont bien plus connus et plus appréciés en France que dans leur propre pays.

C'est ainsi que Richard Powers et son chef-d'oeuvre Le Temps où nous Chantions, ont trouvé leur chemin jusque chez nous par l'intermédiaire de la pynchonienne collection Lot 49 dirigée par Claro au Cherche Midi.

C'est une histoire de l'Amérique de la guerre froide, des droits civiques et du Vietnam, une histoire qui s'étend presque jusqu'à nos jours. Jonah, fils de David Strom, physicien de premier ordre et juif forcé à l'exil par la guerre, et de Delia Daley, jeune femme noire à la voix d'or, gravit un à un les échelons d'une carrière toute dédiée au chant lyrique.

Le jeune prodige, est accompagné au piano par Joseph, son frère qui l'admire au delà de toute mesure tout en jouant les conteurs inspirés, tandis que Ruth, la cadette, se range au côté des Black Panther, persuadée que l'incendie dans lequel sa mère à trouvé la mort n'était pas un accident mais un acte raciste.

Pendant que Jonah entame un tour du monde triomphal, Joseph devient plus prosaïquement pianiste de bar et Ruth vit dans la clandestinité. Au même moment, David tente de définir ce qu'est le temps en posant les problèmes de la physique moderne d'une manière révolutionnaire...

N'y allons pas par quatre chemins, si vos connaissances en anglais sont rudimentaires, il vous faudra le lire en traduction. Sinon, n'hésitez pas. Dès le début, on est happé. Après à peine quelques pages, on ne peut s'empêcher de penser que si Powers arrive à maintenir cette qualité d'écriture durant les 650 pages que compte le livre, il aura écrit l'un des premiers grands romans du siècle. Nous ne pourrons qu'être horriblement déçu... en bien ! Powers ne maintient pas cette qualité d'écriture, il la dépasse ; constamment. La poésie affleure à chaque page, sans jamais tomber dans la mièvrerie ou le cliché, et la beauté est toujours en embuscade, prête à bondir, ce qu'elle ne manque pas de faire.

Et lorsque la fin du chemin s'approche, c'est à regret que nous nous préparons à refermer le livre.

Ce roman nous emporte, c'est un tourbillon, un chant, une brève histoire du temps, de notre temps, et d'un passé à peine révolu qui nous semble déjà si lointain.

29 octobre 2007

Rolling Stones, Une Biographie

Auteur : François Bon

Editeur : Fayard

Année : 2002

Quand François Bon a une idée en tête, il ne l'a pas ailleurs. Ainsi, que lui importe de mettre une dizaine d'années à écrire sa "somme" sur les Rolling Stones ? 800 pages, tout de même, écrites dans un style extrêmement personnel (ça change de l'air de ne pas y toucher de certains auteurs) et qui traitent de la carrière des Stones autant que de l'engouement de l'auteur pour le groupe. Car on n'écrit pas sur les Stones par hasard, surtout pas un énorme livre comme celui là.

Une anecdote apocryphe, une autre bien réelle et bien sentie, des 45 tours achetés chez le revendeur d'électro-ménager du coin au désastre d'Altamont, d'un passage obligé par Chuck Berry, à un autre par Gram Parsons ou par un Muddy Waters peintre en batiment et porteur de valise, et voilà la machine lancée à pleine vitesse, plus rapide encore que la course de Jagger sur une scène de stade.

Bien sûr, les années les plus riches sont les premières, et passé Goats Head Soup, on sent clairement que l'auteur s'intéresse moins au groupe, il est vrai en perte de vitesse artistiquement parlant.

Cependant, même lorsqu'on se voit expliqué certains méandres de l'administration des holding délocalisées de Jagger, on ne s'ennuie pas, on poursuit son chemin. Parce que l'auteur sait de quoi il parle, et parce qu'il est pleinement pénétré de son sujet... parce qu'il est (peut-être est-ce simplement cela) véritablement écrivain.

19 octobre 2007

Old School

Auteur : Tobias Wolff

Editeur : Bloomsbury

Année : 2003

Une école privée de Nouvelle Angleterre au début des années 60. Une bande de garçons dont le seul but est de devenir écrivain. Un doyen vieil ami d'Hemingway. Un concours de la meilleure nouvelle. Et voici le narrateur, et ses camarades prêts à remporter le prix : une heure en compagnie de l'auteur de L'Adieu aux Armes...

La quatrième de couverture dit que c'est un mélange du Cercle des Poètes Disparus et de L'Attrape Coeur, il ne faut rien exagérer, surtout du côté Salingerien, mais c'est tout de même un très bon petit roman.

Et si vous ne lisez pas l'anglais, il doit même y avoir une traduction.

12 octobre 2007

La Conjuration des Imbéciles (A Confederacy of Dunces)

Auteur : John Kennedy Toole

Editeur pour la France : 10/18

Année : 1981

Un jour, John Kennedy Toole prit sa voiture, roula jusqu'à un endroit désert, s'arrêta, fixa un tuyau au bout de son pot d'échappement, relia l'autre bout du tuyau à la vitre de sa voiture et mit le contact.

Il se croyait écrivain raté parce que tout le monde avait refusé son roman, La conjuration des imbéciles, voilà peut-être l'une des raisons de son suicide.

Sa mère, à force de courage, persuadée que ce livre était une oeuvre de génie, finit par le faire publier en 1981. Résultat : Prix Pulitzer à titre posthume.

C'était bien la peine d'en finir.

La conjuration des imbéciles est un grand et gros livre. Haut en couleur comme la défunte Nouvelle Orléans, comme Ignatius J. Reilly, son personnage principal. Chantre de la mauvaise foi, énorme, et boursoufflé, comme son langage et son attitude. Médiéviste féru de Boëce et de sa consolation de la philosophie (qui est effectivement un grand livre, je vous le conseille, on y trouve ma petite devise personnelle : Superata telus, sidera donat.) prêt à tout pour libérer le monde des quasi mongoliens et des dégénérés qui le peuplent (ainsi s'exprime-t-il) défenseur agité de la morale dans une ville connue pour sa libéralité de moeurs dans l'amérique de la bible belt.

Tout se détraque dans le petit monde d'Ignatius qui squatte chez sa mère (à un âge où on a généralement quitté le nid depuis longtemps). Il passait ses journées sans sortir de sa chambre si ce n'est pour prendre des bains pendant des heures ou pour aller se repaître des films qu'il abhorre au cinéma du coin. Maintenant il va devoir travailler pour aider sa mère à payer une dette. Des pantalons Levy au Hot Dogs Paradise SA, des lettres de Mirna Minkoff au nouveau dentier de Miss Trixie, tout dans ce livre est une merveille d'invention.

Mais La conjuration des imbéciles est bien plus que ça et quelques lignes ne sauraient le décrire. Ignatius est un poème, tout comme sa mère. Tous les personnages de ce livre le sont à leur façon. Aucun ne pourrait avoir de réalité tant on est presque toujours dans le burlesque le plus drôle qui soit.

Mais, d'une certaine façon, jamais (ou rarement) personnages plus vrais n'ont été dépeints.Alors on n'a qu'une envie, relire ce livre. Ou s'imaginer le formidable road movie qui aurait pu en être la suite.

5 octobre 2007

Rafael, derniers jours (The Brave)

Auteur : Gregory McDonald

Editeur : Fleuve Noir - 10/18

Année : 1997

Malraux a écrit : "une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie." Pour Rafael, le prix de sa vie, ou de sa mort, c'est 30000 $. 300 d'avance. Le reste, quand le travail sera fait.

Rafael est pauvre, presque un clochard. Il vit avec sa femme Rita et leurs trois enfants dans une caravane à Morgatown, un no man's land où on gagne sa vie en vendant ce qu'on trouve dans la décharge voisine.

Le travail que Rafael a accepté est le dernier qu'il aura de sa vie, figurer dans un snuff movie, ou il se fera torturer une heure durant jusqu'à la mort.

Ce livre décrit les trois derniers jours de Rafael. Si un livre vous a pris un jour aux tripes plus que ça, par pitié, dites moi lequel. Parce que, croyez-moi, celui -ci vous brûlrera comme le soleil du desert. Un grand livre.

3 octobre 2007

Claude François, l'autobiographie !

Le moment est venu, je pense, de lancer le "Chacalomètre". Un appareil gradué de 100 (Gagne moi le blé !!! on s'en fout comment !!! Gagne moi le blé !!!) à 0 (Mère Thérésa nous voilà !) qui permet de détecter l'indice de désintéressement relatif à la sortie d'un produit culturel.

Par exemple la version téléchargeable du nouveau Radiohead In Rainbows aura une note de 5 ou 6 au Chacalomètre, mais l'énième live de Jeff Buckley sous la douche pas loin de 95. Quant à un album réalisé par un artiste qui a vraiment mis tout son coeur dans la réalisation de son disque, disons qu'il aurait une note aux alentours de 30. Bref, vous avez compris le concept, tout est question de philosophie, plus c'est comptable, plus on marque au Chacalomètre.

Ce livre (que je ne l'ai pas lu) ne doit pas voler bien haut (intellectuellement s'entend) mais là n'est pas vraiment la question. Il s'agit en effet d'une "autobiographie" écrite par l'entourage de Claude François à partir de textes d'interviews véritables. Miamm, déjà, ça fait envie. En cuisine, ça s'appelle l'art d'accomoder les restes. En langage enfantin (que les moins de 25 ans ne peuvent pas connaître) : un Gloubi-boulga.

Le procédé est en soi contestable (pour ne pas dire franchement raccoleur), mais c'est l'argument de vente entendu ce matin sur France Inter qui frole le 100 au Chacalomètre ! Je cite : "...Tout le monde à le droit (sic) de connaître ce qu'à ressenti Claude François lors de ses premiers émois sexuels (resic)..." Le tout dit le plus sérieusement du monde par un des représentant des intérêts des héritiers. Merci France Inter, merci le service public, merci ma redevance.

Premièrement, je ne me sens aucun droit (curiosité à la limite) à savoir ce qu'à ressenti qui que ce soit lors de ses premiers émois sexuels. Ensuite, qui donc Claude François était-il pour que ces émois sexuels aient tant d'importance ? Qu'il soit nécéssaire que chacun aient le droit de savoir ce qu'il a bien pu ressentir ? Sérieusement ?


En clair : tout est bon pour faire du fric (on le savait déjà) mais une fois encore, on a touché le fond. Alors si vous aimez vraiment Claude François (dont je me fiche éperdument soit dit en passant), vous aurez, je l'espère, assez de décence pour respecter sa mémoire et ne pas acheter un machin pareil.


Claude François, Je soussigné..., éditions Albin Michel, 18€

Indice Chacalomètrique : 98